« Nous gérons l’assolement de six exploitations en commun »
Près de Strasbourg, sept agriculteurs ont créé la société en participation (SEP) des Champs pour lui confier l’exploitation de leurs terres. À la clé, une meilleure performance agronomique, un gain de temps et des charges de mécanisation maîtrisées.
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Jusqu’en 2016, Eric Burger ainsi que trois EARL (Ferme Daul, Ferme Lechner, EARL du Kochersberg) exploitaient individuellement 25 à 80 hectares, parallèlement à leurs ateliers spécialisés dans l’engraissement de taurillons, le foie gras et les vergers. Ils se partageaient déjà du matériel en commun et s’entraidaient sur des chantiers de récolte.
« Ce mode de fonctionnement n’était pas rationnel. Il y avait du matériel en double, voire en triple », plaide Dominique Daul, de l’EARL Ferme Daul. « Afin de nous libérer du temps pour gérer nos ateliers respectifs et optimiser la mécanisation, nous avons testé sur un an l’assolement en commun de toutes nos surfaces. Nous l’avons formalisé en créant la SEP (société en participation) des Champs. Chaque associé en possède des parts en fonction de son apport initial en foncier. Ce pourcentage constitue la clé de calcul qui détermine le versement de deux avances et la distribution du résultat. La localisation et le potentiel agronomique des terres ne jouent donc pas. » Dans la foulée, les associés lancent la Cuma des Champs. Elle s’équipe en neuf ou reprend le train de culture existant dans les exploitations individuelles. Tout associé de la SEP y adhère d’office.
La SEP achète tous les intrants
En pratique, la SEP gère une Scop de 230 hectares répartie sur dix communes, dont trois concentrent 190 hectares. Les itinéraires techniques sont proposés par Dominique Daul et Eric Burger avant d'être validé par tout le groupe. Au champ, chaque associé a plus ou moins sa spécialité. Dominique Daul suit les betteraves, Nicolas Lechner s’occupe des semis de maïs, etc. « Les pics de main-d’œuvre de nos ateliers sont décalés. Il y a donc toujours quelqu’un de disponible pour effectuer une tâche ou une autre en temps et en heure », remarque Franck Heintz.
Dès qu’il utilise un matériel, chaque associé enregistre ses données (temps de travail, gazole consommé, etc.) sur l’appli MyCuma, en précisant si l’usage est collectif ou privé. L’assolement est discuté une fois l’an, en juin. La SEP réalise les analyses de sol et achète tous les intrants. Elle les finance par un prêt de campagne. Elle produit et vend les betteraves en sucrerie, colza, maïs grain et blé en coopérative. Elle cède au prix du marché luzerne, soja, maïs (ensilage, épis et pour les canards) aux membres de la SEP qui en ont besoin pour leurs animaux.
Fientes et fumier sont analysés, pesés et facturés à la SEP au prix de la tonne de paille en andain. Les déjections organiques profitent ainsi à l’ensemble de la surface avec une rotation de deux ans. « Elles nous servent de fumure de fond. Le potentiel agronomique de nos terres s’est amélioré. Les rendements ont été sécurisés avec des fourrages d’excellente qualité, et encore davantage depuis trois ans avec un réseau enterré d’irrigation sur une partie de la surface. L’atelier de taurillons montbéliards obtient un GMQ moyen de 1 320 g/j. En 19 mois, ils sont à 423 kg de carcasse. En canard, la qualité du foie est meilleure et le grammage viande supérieur », relèvent Dominique Daul et Nicolas Lechner.
Partager les réussites comme les échecs
Cette stratégie couplée à la Cuma, qui réunit désormais quinze adhérents, a permis de maîtriser les charges de mécanisation. En 2017, elles s’établissaient à 235 € par hectare, aujourd’hui à 327 € par hectare malgré l’inflation. Et en 2017, ils estimaient déjà avoir gagné environ 200 € par hectare sur leurs coûts individuels. Au quotidien, les échanges sont constants. « Chaque associé fait entièrement confiance à tous les autres. Ils partagent les réussites comme les échecs. Une année j’ai raté un traitement sur betteraves. Six hectares n’ont pas eu de chiffre d’affaires. Mais tout le monde a assumé », rappelle Dominique Daul. « C’est un travail en équipe, une philosophie à laquelle tous doivent adhérer pour que cela fonctionne », résume Eric Burger. Depuis 2016, les cinq fondateurs de la SEP ont été rejoints par deux autres exploitants en 2020 et 2026, le dernier avec une troupe ovine.
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